Liberté pour la militante Wafaa Charaf

wafae-charaf-2-c-drWafaa Charaf est une militante active de plusieurs organisations humanitaire, ouvrière et politique de Tanger (Maroc).  D’après le communiqué de l’AMDH (Ass. Marocaine des droits humains), Wafaa a été arrêtée le 9 juillet 2014 à Tanger. La police est venue la chercher au domicile de ses parents. Son crime : ne pas se rendre à une énième convocation au commissariat.  Les convocations au commissariat font partie du harcèlement auquel elle est soumise depuis qu’elle a déposé plainte pour l’enlèvement dont elle a été victime par la police secrète en avril dernier.

En effet, la jeune militante de Tanger a fait savoir le 27 Avril 2014 qu’ elle a été enlevée par des policiers en civil et jetée dans une voiture à la fin d’une manifestation ouvrière. Elle déclare avoir a été séquestrée plusieurs heures, torturée et insultée avant d’être abandonnée au bord d’une route à 12 Km du centre ville.

Donc, tout semble indiquer qu’elle est victime de la vengeance des autorités, parce qu’elle a osé dénoncer dans sa plainte les méthodes policières.
 Elle paye le prix fort pour son engagement pour les droits des ouvrières des usines de la zone franche de Tanger et pour la démocratie et la liberté d’expression au Maroc.

Nous exprimons notre solidarité avec Wafaa et notre inquiétude sur son état de santé. Nous exigeons sa libération immédiate.

Publié dans Histoire du peuple, Histoire du peuple : actuel | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Jean Zaganiaris, Queer Maroc, Sexualités, genres et (trans) identités dans la littérature marocaine (Maroc : Éditions Des ailes sur un tracteur, 2014)

UnknownDepuis longtemps, le sexe est perçu comme l’un des grands tabous des pays islamiques. Pourtant, la sexualité est évoquée dans de nombreuses productions culturelles du monde arabe. À partir de l’étude des discours oraux et écrits d’écrivain.e.s, Jean Zaganiaris rend compte de la place des sexualités, des genres, des identités queer au sein de la littérature marocaine. Rompant à la fois avec les postures culturalistes et néo-colonialistes, cet ouvrage entend restituer sans tabou les représentations plurielles de la sexualité, du genre et de l’identité au sein des productions littéraires marocaines.

Publié dans Femmes, Femmes : livres de référence | Marqué avec , , , , , , | Laisser un commentaire

Penser le féminisme marocain sur France Culture

En partenariat avec l’Institut français du Maroc, France culture a rencontré deux intellectuelles marocaines qui travaillent chacune à sa façon sur la question du féminisme au Maroc aujourd’hui : Aïcha Barkaoui, professeure du Master «Genre, société et culture» à l’Université Hassan 2, et Yasmine Chadi, anthropologue et romancière.

Pour écouter l’émission :

www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-philosopher-au-maroc-aujourd%25E2%2580%2599hui-34-penser-le-femin

Publié dans Femmes, Femmes contemporaines | Marqué avec , , , , , , | Laisser un commentaire

Latifa Jbabdi (1955 – ) ou un chapitre du féminisme au Maroc

 latifajbabdi-200x300Latifa Jbabdi est l’une des figures clés du féminisme contemporain marocain.  En effet, celle-ci a participé par ses luttes et par sa persévérance à l’écriture des différentes étapes de l’histoire de ce féminisme.  Pourtant, si dès son jeune âge, elle perçoit avec clarté les conditions défavorables des femmes, elle les inscrit de prime abord dans la problématique plus large des injustices sociales qu’engendre le système capitaliste.  Ce n’est qu’en 1977, soit lors de sa détention à Derb Moulay Chérif, centre de torture à Casablanca, qu’elle prend conscience de la spécificité de la question des femmes, et donc de la nécessité d’agir en conséquence.

À ce propos, rappelons que Latifa Jbabdi est née en 1955, à Tiznit, au sud du Maroc.  Enfant de son temps, elle  se nourrit de littérature marxiste et des victoires des révolutions tiers-mondistes.  Plus tard, quand elle quitte Tiznit pour aller étudier au Lycée Youssef Ben Tachfine, à Agadir, elle découvre un milieu scolaire en pleine effervescence politique.  Constituant plusieurs cellules secrètes, des étudiants et étudiantes ultra politisés discutent des enjeux politiques qui secouent le monde en général, et le Maroc en particulier.  Il y est question de libération des peuples, des luttes des classes et des révolutions socialistes.  D’ores et déjà, en 1970, Jbabdi choisit son mode de vie : elle s’engage à être une militante coûte que coûte.  Ce faisant, entre autres, elle adhère à l’association clandestine du 23 Mars[1] qui prépare l’avènement de la  révolution socialiste au Maroc.   Mais promptement, elle se heurte à la répression politique.  Arrêtée en 1977, elle est accusée d’atteinte à la sûreté de l’État.

Durant son incarcération, Latifa Jbabdi découvre le visage nu de la misogynie.  Si les prisonnières politiques sont torturées au même titre que les hommes, celles-ci subissent en plus ce que Jbabdi qualifie de «torture sexuelle».  Désormais, les femmes se voient attribuer un prénom masculin.  Autrement dit, elles se voient renier leur féminité.  Pourtant, ces femmes ainsi masculinisées sont constamment menacées de viol collectif.   De même, elles subissent une tirade quotidienne d’insultes dégradantes et de commentaires méprisants.  Entre autres, elles sont traitées de p… qui se mêlent des affaires des hommes. Jbabdi comprend alors que la problématique des femmes est urgente, et que donc, elle ne peut plus être reportée sous prétexte qu’il y aurait d’autres priorités démocratiques.

 À sa sortie de prison, après une longue convalescence, Latifa Jbabdi reprend ses activités associatives, avec cette fois-ci, un sentiment d’urgence : étant donné la situation des femmes au Maroc, que faire ? Réflexion faite, Jbabdi, avec un groupe de femmes qui ressentent la même urgence, décide que la première étape est de faire l’état de la question.  Aussi, elles lisent avec fraîcheur les textes de lois, dont la moudawana (le code de la famille), pour découvrir avec stupeur que ces textes consacrent les inégalités entre les sexes et la violence à l’égard des femmes.  Après ce constat, elles examinent le travail qui est fait par les partis politiques dans le domaine de l’avancement des femmes, pour se rendre compte que ces formations sont largement inefficaces.  En dernier lieu, elles étudient les différentes expériences des femmes à l’échelle planétaire, et retiennent les facteurs de réussite de certains mouvements féministes.  À ce stade, Jbabdi voit l’idée, qui avait déjà germé dans son esprit lors de son incarcération, validée : les femmes ont besoin de leur propre espace pour s’exprimer, et pour défendre leur cause.  Somme toute, si cette phase donne naissance au mouvement féministe associatif, elle a été avant tout une période de maturation de la réflexion féministe, laquelle a permis aux femmes d’asseoir leur problématique sur des analyses, des théories, des faits concrets et des données quantifiables.

En 1983, Latifa Jbabdi fonde le journal le 8 Mars, qui étudie sans complaisance la réalité des femmes marocaines.  Contre toute attente, ce journal s’avère être un espace rassembleur de toute une génération de femmes, celle qui, après avoir été massivement scolarisée, déchante devant les réalités du mariage, du monde du travail et des mouvements de gauche.  Conséquemment, le journal évolue, et devient le mouvement du 8 Mars, puis l’Union de l’action féminine (UAF) en 1987.  Désormais, cette association sera l’un des espaces où les femmes se réunissent, réfléchissent sur leur situation et proposent des outils concrets pour progresser.  D’ailleurs, c’est dans ce cadre qu’en 1992, ces dernières conçoivent le projet de présenter aux autorités compétentes une pétition d’un million de signatures, exigeant la réforme du code de la famille.  Ici, mentionnons que cette requête collective marque un moment historique dans l’évolution du féminisme marocain.  Pour la première fois, les femmes forment un front uni, agissent à travers un mouvement organisé et dialoguent directement avec les autorités dirigeantes.

Certes, la pétition d’un million de signatures débouche sur des gains de droits minimes en 1994.  Toutefois, elle contribue à faire de la question des femmes une problématique incontournable de démocratie sociale et politique.  Aussi, quand le gouvernement socialiste prend le pouvoir en 1998, le premier ministre, Abd er-Rahmane el-Youssoufi, reçoit Latifa Jbabdi, qui préside une délégation de l’UAF, et prend en note la requête des femmes. Derechef, pour la première fois, un gouvernement inclut explicitement dans son programme la réforme du statut des femmes.  Toutefois, suite aux pressions exercées par des groupes islamistes, il a fallu que le roi Mohamed VI intervienne pour que ce dossier progresse.  Finalement, un nouveau code de la famille est adopté en 2004.

Depuis ce gain majeur, Latifa Jbabdi s’intéresse également à la sphère politique.  En fait, la représentation des femmes en politique révèle un déficit féminin alarmant.  Or, selon Jbabdi, seul un accroissement de la représentation des femmes en politique permettrait de soulever adéquatement les problèmes et besoins spécifiques de ces dernières aux différents niveaux décisionnels.  De nouveau, l’UAF se mobilise.  Après une compagne acharnée en 2007, un quota de 10% de femmes pour les élections parlementaires est institué.

S’il s’agit d’une victoire, Latifa Jbabdi reconnaît que le chemin de l’égalité des sexes en politique est long.  À ce propos, rappelons que celle-ci fait partie des quatre femmes parlementaires qui ont été élues en 2007.  Or, l’accès au parlement lui dévoile l’étendue de la misogynie des institutions étatiques.  Ce faisant, en premier lieu, elle remarque qu’il n’y a aucune femme au bureau du parlement, dont l’une des tâches est d’établir les agendas des sessions parlementaires.  De même, elle note qu’aucun parti politique n’est représenté par une femme, et qu’aucune commission parlementaire n’est présidée par une femme.  De façon similaire, elle relève que quand l’une des femmes parlementaires aborde une problématique féminine, les représentants masculins se montrent indifférents, voire ouvertement excédés. Pour pouvoir faire avancer les dossiers d’intérêts féminins, les représentantes décident alors de s’unir, en formant le «Forum des femmes parlementaires».  Grâce à leurs efforts, elles parviennent entre autres à faire instituer un quota de 12% de femmes pour les élections communales de 2008.

Désormais, avec «le Printemps arabe», les femmes parlementaires ne sont plus les seules à œuvrer pour accroître la participation politique des femmes : en mars 2011, les associations féminines, dont l’UAF, forment la coalition du «Printemps féministe de la démocratie et de l’égalité», pour présenter leur requête à la Commission consultative de la révision de la constitution.  Cette requête exige d’une part que la constitution reconnaisse la responsabilité de l’État en matière d’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, et d’autre part qu’elle assure la parité des sexes, soit un quota de 50% pour les femmes dans tous les domaines, y compris les instances décisionnelles, dont le parlement.  Elle exige également que la constitution reconnaisse le principe de l’indivisibilité des droits, de sorte que les femmes puissent jouir de leurs droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.  Enfin, elle exige que la constitution consacre la primauté du droit international sur le droit national.

Tout en écrivant un pan de l’histoire du féminisme contemporain marocain à force de luttes et de mobilisation, Latifa Jbabdi a élevé deux jeunes hommes : Walid et Nabil.  Peut-être bien que le changement tant escompté viendra avec ces nombreux jeunes dont les mères sont des féministes.

Sources :

Je remercie Mme Latifa Jbabdi pour l’entrevue qu’elle m’a accordée.  Pour de plus amples informations, contacter ljbabdi@gmail.com.

Fatima Sadiqi, Amira Nowaira, Azza el-Kholy & Moha Ennaji eds., Women Writing Africa, the Northern Region (New York: The Feminist Press, 2009), 277-278.

Fatna El Bouih & Susan Slyomovics, «This Time I Choose When to Leave: An Interview with Fatna El Bouih», Middle East Report 218 (2001) : 42-43.


[1] En référence aux émeutes qui ont éclaté à Casablanca le 23 mars 1965, et qui ont été réprimées dans le sang.

Publié dans Femmes, Femmes contemporaines | Marqué avec , , , , , , , | Laisser un commentaire

Zohra al-Koubia : fondatrice du Forum des femmes au Rif

Zohra al-Koubia est la fondatrice et la présidente du Forum des femmes au Rif, association qui, en une décennie, a accompli un changement significatif des perceptions des femmes, de leurs droits et de leur rôle au sein de leur société, au nord du Maroc. Il faut dire que d’une certaine manière, aussi bien les circonstances personnelles de celle-ci que ses expériences professionnelles l’ont préparée à jouer ce rôle.  À ce propos, rappelons qu’al-Koubia est née en 1967, au sein d’une famille paysanne, dans le douar des Aït Hicham, au cœur des montagnes du Rif.  Comme son père croit à l’éducation des filles, celle-ci a été scolarisée, contrairement à la majorité des fillettes de son village.  D’ores et déjà à l’école primaire, al-Koubia flaire qu’une intersection de facteurs contribue à la marginalisation des femmes rurales. En effet, si dans les campagnes, l’éducation reste un luxe que peu de familles peuvent offrir à leurs enfants en général, l’éducation des filles en particulier est perçue comme une dépense superflue.  Selon les croyances sociales patriarcales, celles-ci seraient nées pour fonder une famille ; et donc, nul besoin d’apprendre à lire et à écrire pour ultimement puiser l’eau, faire la cuisine et élever les enfants. Ceci explique que les quelques filles qui accèdent à l’éducation, demeurent assujetties aux travaux agricoles et domestiques.  Al-Koubia par exemple étudie tout en travaillant.  Ceci explique également l’absence d’établissement scolaire secondaire pour filles à Aït Hicham. D’ailleurs, comme les pères qui acceptent d’envoyer leurs filles étudier dans la ville la plus proche sont rares, al-Koubia part seule à al-Hoceima.

Désormais, à peine arrivée à l’internat des filles à al-Hoceima, Zohra al-Koubia s’initie à la politique. Rappelons qu’en 1984, suite à l’augmentation des prix des denrées de première nécessité, le Maroc est secoué un peu partout par des émeutes populaires.  Or loin de déboucher sur des réformes économiques et sociales, ces émeutes donnent lieu à des arrestations et à des procès de masse. Coupables d’avoir osé rêver d’un lendemain meilleur, de nombreux étudiants d’al-Hoceima se voient condamnés à des décennies de prison.  Cela va sans dire que ce contexte politique marque le milieu estudiantin de la région.  Bien que l’Union des étudiants marocains (l’UNEM) soit dissoute, les étudiants se mobilisent, exigeant des réformes sociales, politiques et éducatives.  Donc, c’est lors de ces réunions étudiantes que la conscience politique d’al-Koubia se forge. De plus, inspirée par une certaine littérature marxiste féministe, celle-ci lie de façon définitive l’avènement de la démocratie à l’émancipation des femmes.

Aussi, quand Zohra al-Koubia quitte al-Hoceima en 1988, pour aller étudier à l’Université Mohammed I, à Oudja, elle devient membre du Comité des femmes dans cette institution. Chemin faisant, elle mobilise les étudiantes au sein de l’université, organise des réunions, et mène des manifestations.  Mais sans tarder, elle est expulsée des résidences universitaires, pour incitation au désordre public. Contrainte de se loger hors campus, elle connaît des difficultés financières.  Cependant, elle parvient à poursuivre ses études ainsi que ses engagements auprès du Comité des femmes.

Après avoir obtenu une licence en économie en 1994, Zohra al-Koubia part étudier, cette fois-ci à Rabat.  Une fois sur place, elle se rend à l’évidence : elle n’a pas les moyens de faire un deuxième cycle, comme elle le souhaitait.  Elle rejoint alors le monde du travail, d’abord à Rabat, ensuite à Tanger. Si son emploi lui permet d’être autonome, il lui permet du même coup de militer avec les travailleuses des industries de la capitale, au sein de l’Union marocaine du travail (UMT). Mentionnons ici, que ce sont ces femmes qui ont réalisé une grande victoire à Rabat, en 1995.  Pour la première fois de l’histoire politique du Maroc, des ouvrières se mobilisent, font la grève et portent plainte pour harcèlement sexuel.

Toutefois, cette victoire tourne court, du moins pour les ouvrières de Tanger. Comme la mobilisation croissante des travailleuses gêne les intérêts financiers des investisseurs étrangers, il y a eu un réseautage entre le patronat, les autorités gouvernementales et les membres exécutifs du bureau syndical.  Conséquemment, non seulement le comité des femmes a été dissous en 1997, mais aussi les ouvrières syndiquées ont été à la fois licenciées et inscrites sur la liste noire du patronat.  Autrement dit, d’un côté, sans emploi, les ouvrières licenciées ne peuvent plus adhérer au syndicat de l’UMT ; et de l’autre, étant sur la liste noire du patronat, elles ne sont plus «embauchables» dans le secteur privé.  Déçue par la trahison des membres exécutifs du syndicat, Zohra al-Koubia quitte son emploi à Tanger, en mai 1997.

De retour à al-Hoceima, Zohra al-Koubia travaille avec Oxfam-Québec, dans le cadre d’un projet d’approvisionnement en eau potable des campagnes de cette ville. Comme cette organisation adopte une approche participative dans ses projets de développement, al-Koubia vit trois jours avec les femmes des  campagnes reculées du Rif, pour recueillir leurs témoignages, dont en premier lieu leurs besoins en eau. Or, ce retour au bercail s’avère très stimulant pour notre militante. Al-Koubia a eu l’idée de fonder une association de femmes à al-Hoceima, qui serait avant tout un lieu de rencontre pour les femmes, parce que dans cette petite ville, ces dernières n’ont pas accès à l’espace public : les cafés et les restaurants sont fréquentés uniquement par les hommes.

Désormais, en juillet 1998, Zohra al-Koubia fonde, et préside le Forum des femmes au Rif.  Comme il s’agit d’une première à al-Hoceima, notre militante et son équipe se lancent dans une double campagne de conscientisation.  D’une part, elles font du porte-à-porte, pour informer les femmes des nombreux services que l’organisation offre, dont les cours d’alphabétisation, les formations professionnelles, l’aide pour la création de coopérative et/ou de micro entreprise féminine, la planification familiale, les soins gynécologiques, l’éducation en matière de maladies sexuellement transmissibles, un centre d’écoute pour les femmes victimes de violence, et l’aide et l’accompagnement juridiques. D’autre part, notre militante et son équipe offrent des formations aux fonctionnaires de l’État et aux membres de la société civile.  Ce faisant, elles leur font connaître l’approche genre, la spécificité des besoins des femmes et les normes internationales relatives aux droits fondamentaux de ces dernières.  Par ailleurs, dans le cadre des révolutions arabes et amazighes, al-Koubia et son équipe œuvrent entre autres pour l’avènement de changements constitutionnels qui garantiraient aux femmes le plein exercice de leurs droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.

Le Forum des femmes au Rif a contribué de façon significative au changement des mentalités qui portent sur les femmes, leurs droits et les rapports entre les genres dans la région du Rif.

Source :

Je remercie Mme Zohra al-Koubia pour les longues entrevues téléphoniques qu’elle m’a accordées.  Pour de plus amples informations, contacter koubia@hotmail.com

Publié dans Femmes, Femmes contemporaines | Marqué avec , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Khadija Rhamiri (1955 – ), ou la féminisation du monde syndical

Khadija Rhamiri est l’une des figures clés du féminisme et du syndicalisme du  Maroc actuel. En fait, celle-ci a réussi au fil des décennies à changer en profondeur les mentalités et structures masculines du monde syndical.  Pourtant, cette dernière a commencé ce travail de longue haleine de façon tout à fait spontanée.  Après des études à l’Institut national des statistiques et d’économie appliquée, elle a été embauchée comme ingénieure informaticienne à la Conservation foncière du cadastre et de la cartographie en 1986.  À peine elle-t-elle intègre le milieu du travail qu’elle remarque que les postes de pouvoir, tels que directeur, directeur adjoint, chef de service et chef d’équipe, sont tous occupés par des hommes. Elle remarque également les traitements avilissants récurrents de la part de ces derniers à l’égard des employés. Interpellée, elle se joint à l’Union marocaine du travail (UMT), un syndicat indépendant. 

Une fois membre de l’UMT, Khadija Rhamiri note derechef que le monde syndical est également un monde d’hommes. Lors des assemblées générales des usines de textile, bien que les femmes y occupent les emplois, les membres du bureau syndical sont tous des hommes qui de surcroît, ne se gênent pas pour leur dicter du haut de leur tribune leurs droits, sans que celles-ci aient droit de parole. Rhamiri décide alors de créer un Comité de femmes au sein de l’UMT, forum où les ouvrières peuvent exprimer leurs besoins spécifiques, tout en recevant des formations appropriées par des syndicalistes femmes.  Secondée par d’autres militantes, Rhamiri fonde son comité en 1987.

Dès lors, les membres du comité ont lutté en premier lieu au sein du syndicat pour que les syndicalistes femmes puissent faire partie du bureau syndical et des autres instances décisionnelles de l’UMT, au même titre que les hommes.  Si certains syndicalistes masculins voient d’un mauvais œil ces femmes qui veulent usurper les sièges des hommes, la majorité finit par acquiescer à l’argumentaire de nos militantes : un bureau syndical composé uniquement d’hommes rebute l’adhésion au syndicat des ouvrières issues de famille conservatrice, parce que rares sont les pères, frères et conjoints qui acceptent que leur fille, sœur ou épouse fréquente des milieux exclusivement masculins.  Une fois admises au bureau syndical, les militantes se sont livrées à un véritable travail de fonds pour que le syndicat soit  accessible également aux travailleuses.  Aussi, au fil des ans, elles ont réussi à avoir un impact irréversible sur les structures de l’UMT.  De nos jours, les réunions tiennent compte des obligations familiales des femmes ainsi que des plages horaires sécuritaires pour les femmes dans la rue.  De même, ces réunions se tiennent dans les locaux du syndicat, et rarement dans les cafés, lieux boudés par les femmes issues de famille conservatrice.

Si les syndicalistes masculins se familiarisent au jour le jour avec les besoins spécifiques des travailleuses, de leur côté, les syndicalistes féminines, dont Khadija Rhamiri, se familiarisent avec le code du travail et les conventions du Bureau international du travail. De plus, en accompagnant leurs confrères dans leurs déplacements, elles apprennent à négocier avec les patrons des usines, les inspecteurs du travail et les membres de la Délégation du travail, tout comme elles apprennent à organiser les grèves, les sit-in et autres formes de contestation collective.

À l’apogée de sa formation de syndicaliste, Khadija Rhamiri remarque que le secteur agricole, un autre secteur à prépondérance féminine, échappe encore aux protections – quoique minimales – du code du travail. Aussi, tout en continuant à travailler au sein du Comité des femmes de l’UMT, elle participe à la fondation de la Fédération nationale du secteur agricole (FNSA) en 1991, puis elle fonde l’Organisation des femmes du secteur agricole au sein du FNSA en 1995.  Désormais, Rhamiri et son équipe vont dans les usines et dans les champs, pour rencontrer les travailleuses du secteur du textile et du secteur agricole. Nos militantes offrent alors à ces dernières des cours d’alphabétisation et des séminaires portant sur leurs droits en tant qu’ouvrières, la portée des activités syndicales, le code du travail et les conventions internationales relatives à la protection des travailleurs et travailleuses.  Enfin, elles les encouragent à faire partie du bureau syndical, pour qu’elles puissent exprimer elles-mêmes leurs propres besoins.

Si le syndicalisme se propage de plus en plus au sein des ouvrières, sa propagation se heurte toutefois à de sérieux obstacles.  Certains  sont communs à tous les travailleurs et travailleuses. Rappelons à ce propos qu’en protégeant le droit de travailler, l’article 288 du code pénal consacre en fait l’arrestation des grévistes et des syndicalistes. Dix ouvrières de la société de confection portugaise Dovtex à Casablanca par exemple ont fait les frais de cet article en 2006. Or, la criminalisation des activités syndicales décourage tout bonnement ces activités. En revanche, d’autres obstacles sont spécifiques aux travailleuses.  En fait, la situation des femmes au travail est rarement dissociable de leur situation dans la société en général. Le cas des travailleuses qui décident de déclencher une grève en est une illustration.  En effet, au lieu de négocier avec ces grévistes d’adulte à adulte, le patron de l’usine contacte leur père, frère ou conjoint, en leur promettant d’augmenter le salaire de ces dernières, si elles acceptent de retourner au travail et de renoncer à leurs activités syndicales. Dans la majorité des cas, la démarche patronale s’avère efficace : la malheureuse qui s’entête à poursuivre ses activités syndicales se voit corriger à coups de poing.  Alertées, Rhamiri et son équipe ont  pris l’initiative de rendre visite aux membres des familles des ouvrières syndicalisées.  Ce faisant, elles leur expliquent la portée des activités syndicales de leur fille, sœur ou conjointe, et les invitent à visiter les locaux du syndicat, pour qu’ils voient d’eux-mêmes qu’il s’agit d’un lieu  respectable.

En reconnaissance de son dévouement syndical, Khadija Rhamiri est élue membre du comité administratif national de l’UMT et membre du comité national des femmes travailleuses en 1995, secrétaire générale de l’Union régionale de l’UMT à Rabat en 2001 et membre du secrétariat national de l’UMT en décembre 2010.  Par ailleurs, elle est élue à la Chambre des conseillers au parlement en 2003.  Elle devient alors la première femme à représenter les travailleurs et travailleuses au parlement du Maroc.  Il faut dire que les accomplissements de cette dernière sont nombreux. Entre autres, elle a contribué à l’instauration d’un quota d’au moins 30% de femmes dans les instances décisionnelles de l’UMT – avec le but d’évoluer progressivement vers la parité entre les sexes. Conséquemment, les préoccupations de ce syndicat se sont étendues à des problématiques nouvelles, telles que le harcèlement sexuel et la parité salariale.  De façon analogue, Rhamiri a œuvré pour que les travailleuses puissent bénéficier de quatorze semaines de congé de maternité, et retrouver leur emploi, une fois ce congé achevé.

Malgré ces gains, Rhamiri déplore que les droits des travailleurs et des travailleuses continuent d’être bafoués. Mentionnons que le gouvernement marocain n’a toujours pas ratifié la Convention no. 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical de l’Organisation internationale du travail.  De plus, l’article 288 du code pénal, mentionné précédemment, criminalise indirectement toute activité syndicale. Or, dans le contexte de ralentissement économique actuel et de dégradation du  pouvoir d’achat des travailleurs et travailleuses, toute expression de contestation ouvrière entraîne soit des fermetures illégales d’usine, des licenciements ou des arrestations et des poursuites pénales des grévistes.  Étant donné ce déséquilibre de pouvoir, Rhamiri estime que les problèmes que vivent les travailleurs et travailleuses ne peuvent être résolus uniquement par le biais des syndicats. Désormais, les syndicalistes ont formé des alliances avec d’autres associations nationales et internationales, telles que l’Association marocaine des droits humains et la Confédération internationale des syndicats libres.

Sources :

Je remercie Mme Khadija Rhamiri pour la longue entrevue qu’elle m’a accordée.  Pour de plus amples informations, contacter rhamirikhadija@yahoo.fr

Publié dans Femmes, Femmes contemporaines | Marqué avec , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Lamia Berrada-Berca, Kant et la petite robe rouge (France : La Cheminante, 2011)

Kant et la petite robe rougeLamia Berrada-Berca sonde les pensées  intimes d’une épouse cloîtrée en quête d’elle-même. L’auteure explore la confrontation de deux mondes étrangers à travers une  robe rouge sensuelle et un texte de Kant qui insufflent la liberté à l’héroïne.   De nombreuses dichotomies telles que la maison vs. l’espace public, les femmes vs. les hommes, la tradition vs. la modernité et l’ignorance aliénante vs. le savoir émancipateur, sont analysées de façon poétique et élégante.

Publié dans Écrits féminins, Femmes | Marqué avec , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Hakima Chaoui (1958 – )

Hakima ChaouiSi Hakima Chaoui a une longue carrière d’un militantisme pluriel, elle a cependant été connue du grand public d’abord comme une poétesse.  En effet, quand celle-ci a lu sur les ondes de la radio nationale son poème, «Anti (Vous au féminin)», un groupe d’Islamistes l’a condamnée à mort en 2001. Comme l’événement en général, et le poème en particulier ont suscité d’intenses débats que la presse et les médias nationaux ont canalisés, Chaoui a depuis été reconnue comme l’une des grandes poétesses de la décennie. Pourtant, comme l’explique cette dernière, le poème n’a été qu’un outil que les Islamistes ont instrumentalisé, dans le but précis de l’éliminer de la sphère politique.

Pour comprendre les raisons pour lesquelles les activités politiques de la poétesse dérangent, rappelons préalablement les circonstances de sa condamnation à mort. Le 8 mars 2001, Hakima Chaoui est invitée sur les ondes de la radio nationale, pour célébrer la journée internationale de la femme.  En prenant pour exemple le dicton populaire qui soutient que «la femme est une côte tordue», celle-ci décide d’attirer l’attention des auditeurs, par le biais de son célèbre poème, sur les images dégradantes des femmes que la langue courante contribue à véhiculer :

«(…) Maudit, Madame
Celui qui dit,
Vous avez été créée d’une côte tordue.
Maudit, Madame
Celui qui vous désigne
Silence est le signe du consentement.
Maudit, depuis la genèse
Celui qui vous considère nue
De votre voix, jusqu’à vos orteils.
Maudit,
Qui a enterré vos paroles.
Maudit,
Qui a noué vos cheveux
Dans une tresse historique
Comme un hommage à la mort.
Maudit, qui a enchaîné vos mains
Avec des bracelets
Et qui a construit vos prisons abyssales.
Maudit, qui vous a interdit de désirer
Et qui n’a pas appris à vous désirer.

˜ ˜ ˜
Vous êtes inébranlable, Madame
Dans ce présent qui s’embrase,
Pour brûler les livres du passé
Et pour écrire votre histoire oubliée.
Maudit, celui qui trahit votre sexe
Quand vous êtes le maillon de l’humanité
De la lune,
Et du soleil.»[1]

Le lendemain de la récitation du poème, Hakima Chaoui se retrouve sur la liste noire des Islamistes.  Accusée d’avoir proféré des paroles blasphématoires envers le prophète, elle a été excommuniée par le journal intégriste Attajdid.  De plus, elle a été condamnée à mort par les leaders de certains prêches. Croyant de prime abord qu’il s’agit d’un simple malentendu, cette militante lance aux théologiens un appel au dialogue.  Certes, quelques uns ont répondu à l’appel, attestant que les textes sacrés n’ont jamais affirmé qu’Ève a été créée à partir d’une côte d’Adam. Concrètement, cela signifie qu’ils l’ont innocentée : celle-ci ne remet pas en question un quelconque principe religieux ; plutôt,  elle s’attaque aux traditions qui pérennisent un ensemble d’images dégradantes à l’égard des femmes.  Toutefois, l’initiative de ces théologiens n’a pas abouti au résultat escompté.  Au contraire, non seulement Chaoui continue de recevoir des menaces de mort, mais en plus, ces menaces ont été étendues à toute personne qui soutiendrait directement ou indirectement la militante. C’est là que Chaoui a fait progressivement le lien entre ses activités politiques et les campagnes d’harcèlement terrorisantes dont elle est victime.  En fait, elle s’est rendu compte que l’intensité de ces campagnes varie en fonction d’événements politiques précis, tels que conférences de presse, conférences de conscientisation et élections parlementaires.

Il faut dire que notre infatigable militante est active sur plusieurs fronts à la fois : elle est membre de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), elle est membre exécutif du secrétariat national du parti d’Avant-garde démocratique et socialiste (PADS), elle est membre actif du syndicat la Confédération démocratique du travail, elle est membre du mouvement des droits des femmes et elle est poétesse. Autrement dit, comme elle a une résonnance croissante auprès du public, elle menace les intérêts et privilèges de plusieurs membres de la classe politique du Maroc actuel.

Pour cerner la menace que Hakima Chaoui représente pour ses opposants, rappelons le cheminement politique multiple de cette dernière. Chaoui est née en 1958, au sein d’une famille de classe moyenne de Meknès. Celle-ci fait remonter sa première prise de conscience politique à 1975, quand son père, visiblement trop affligé, annonce à la famille l’assassinat du grand leader Omar ben Jelloun. La nouvelle fait sombrer alors la jeune Chaoui dans la consternation totale : pourquoi un crime aussi hideux ?  Le temps aidant, elle finit par trouver réponse à sa question. Omar ben Jelloun a été à la fois porteur d’idées révolutionnaires et acteur de changements politiques de son temps.  En tant que président de l’Union socialiste des forces populaires et rédacteur en chef du quotidien al-Muharir (le Libérateur), il œuvrait pour l’avènement d’une société équitable au Maroc.  Dès lors, Chaoui promet que si à l’instigation des élites de l’État, Chabiba al-Islamiya a réussi à assassiner ben Jelloun, ce groupe islamiste ne réussira pas pour autant à éliminer ses idéaux.

Aussi, dès 1980, Hakima Chaoui fait son entrée sur la scène politique, en devenant membre fondateur d’un syndicat, d’un parti politique, d’une organisation des droits des femmes et d’une association des droits humains, à un niveau local.  D’ailleurs, ce militantisme pluriel a largement contribué à faire de Chaoui la voix politique originale qu’elle est devenue, et ce, à plusieurs niveaux.  D’abord, comme elle est la témoin quotidien d’injustices sociales douloureuses, elle trouve un exutoire dans l’écriture.  Depuis, sa poésie aura la spécificité d’être une poésie engagée, comme en témoignent les vers suivants :

«(…) On raconte avec souffrance
L’histoire d’un camarade
Qui aimait le pays
Mais qui s’est éteint.
Dès lors, il est revenu dans un linceul
Qui porte ses restes
Et quelque chose qui s’appelle «espoir».

L’humiliation qui s’est étatisée
Lui a réservé
Une histoire sanguinaire
À la fois limitée et à perpétuité
Dans Aghbila et Derb Chérif[2]
Dans le secret, et en plein public (…)»[3]

Ensuite, durant ses trente ans de militantisme, Chaoui a eu largement le temps de mûrir sa réflexion sur le couple controversé «femme et politique».  Entre autres, elle note que les femmes représentent encore une minorité au sein des formations politiques. Or, pour que ces dernières réalisent des gains de droits, elles doivent coûte que coûte investir la sphère politique, y compris ses organes décisionnels.  À cet égard, Chaoui se montre critique des formations politiques.  Ces organisations ont la fâcheuse tendance d’orienter leurs membres exécutifs féminins vers la Commission des femmes, sous prétexte que ces dernières connaissent mieux les besoins spécifiques de leur sexe.  Pourtant, une telle politique a pour effet d’une part de marginaliser la problématique des femmes dans les discours et pratiques politiques, et d’autre part d’éloigner les membres exécutifs féminins des autres dossiers politiques, ce qui revient tout bonnement à écarter ces femmes des postes de responsabilités politiques. Aussi, Chaoui plaide pour que les formations politiques, y compris le mouvement des femmes, inscrivent leurs activités féministes dans les problématiques plus larges de démocratie et de progrès socio-économique.

Enfin, pour que ces plaidoiries ne restent pas lettre morte, Hakima Chaoui entreprend une vaste campagne de conscientisation, en offrant des ateliers et des conférences, ciblant entre autres les quartiers populaires de plusieurs villes du royaume, c’est-à-dire le terrain privilégié des formations islamistes.  Et c’est là qu’elle attise à son insu le courroux de certains Islamistes.  Lors de ces conférences, ces derniers lui ont répétitivement reproché la prééminence qu’elle accorde aux conventions internationales relatives à la protection des droits humains des femmes sur les textes sacrés.  Puis, vint la condamnation à mort.

Maintenant avec du recul, Hakima Chaoui reconnaît que cet épisode a été éprouvant.  Toutefois, il l’a aidée à voir clairement que seul un changement de mentalités  pourrait être libérateur pour les femmes … le reste, tout le reste effleure à peine la surface d’un problème millénaire. Conséquemment, en 2003, notre femme d’action fonde et dirige le Centre d’éducation des droits humains des femmes à Rabat.  Depuis, malgré ses nombreuses responsabilités politiques, Chaoui donne des ateliers et des conférences de conscientisation dans les institutions éducatives, parce qu’explique-t-elle, le changement des mentalités, c’est auprès de la nouvelle génération qu’il faut l’introduire ; de même, l’espoir, c’est du côté des jeunes qu’il faut le chercher.

Sources :

Je remercie Mme Hakima Chaoui pour la longue entrevue qu’elle m’a accordée.  Pour de plus amples informations, contacter poesie_hakima@hotmail.fr



[1] C’est nous qui traduisons, in Hakima Chaoui, Ishraqat al-jorh wa al-ishq (Rabat : Imperial, 2001), 48-49.
[2] La prison Aghbila de Casablanca et le centre de détention secret Derb Moulay Chérif.
[3] Ibid., 23.

Publié dans Femmes, Femmes contemporaines | Marqué avec , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Khadija Ryadi, lauréate du Prix des Nations pour la cause des droits humains

Khadija-RyadiKhadija Ryadi (1960 – ) est l’une des récipiendaires du prestigieux Prix des Nations Unies pour la cause des droits de l’homme pour 2013. Ryadi est sans conteste l’un des plus importants acteurs de la scène politique marocaine actuelle. Celle-ci a présidé l’Association marocaine des droits humains (AMDH), de mai 2007à mai 2013.  Pourtant, quand elle a accédé à ce poste de responsabilité, elle était largement méconnue des médias.  Il faut dire que Ryadi est une militante autant chevronnée que discrète.

Rappelons donc le cheminement militant de Khadija Ryadi. Notre militante est née en 1960, dans la région de Taroudant ; quoique la famille de celle-ci a aussitôt migré à Rabat. Ryadi reconnaît qu’elle doit beaucoup à son père.  D’un côté, celui-ci a été un militant modèle : il a été un combattant lors des luttes anticoloniales, un syndicaliste quand il a travaillé en France et victime de torture et de détention politique sous le régime répressif de Hassan II.  De l’autre, il a tout fait pour que ses filles accèdent à l’éducation. Ryadi apprécie d’autant plus ce père progressiste qu’elle voit quotidiennement la réalité discriminatoire que vivent les filles de son entourage.  Une fois les études primaires achevées, celles-ci sont retirées de l’école, pour être préparées au mariage.  Ce faisant, elles apprennent la couture, la broderie et autres tâches considérées comme féminines. Désormais, dès l’enfance, elle est consciente de l’existence d’une grande injustice sociale qui se doit d’être redressée.  À l’âge mûr, elle reviendra à ce dossier.

Entre-temps, Khadija Ryadi avance à la fois dans ses études et dans son militantisme. Après un baccalauréat au Lycée Omar al-Khayyam, elle intègre l’Institut national de statistique et d’économie appliquée, où elle devient une membre active de l’Union nationale des étudiants marocains (UNEM).  D’ailleurs, c’est à l’UNEM que Ryadi reçoit sa formation militante.  Durant ses années d’activisme estudiantin, celle-ci apprend entre autres les idées progressistes, les sacrifices que la défense d’une cause exige, le travail collectif, l’organisation d’événements contestataires et la formulation de requêtes constructives. Bientôt, elle devient présidente de la corporation des étudiants, et en tant que telle, un mentor et un exemple de militantisme pour les jeunes étudiants.

Quand Khadija Ryadi rejoint le monde du travail en tant qu’ingénieure en informatique au ministère des Finances en 1984, elle adhère à l’AMDH, espace de ralliement des progressistes de la scène politique marocaine.  Toutefois, au-delà d’une décennie, ses activités au sein de l’association se sont limitées à cette adhésion.  D’un côté, les réunions de l’AMDH ont été interdites et ses dirigeants emprisonnés ; et de l’autre, Ryadi a d’autres priorités militantes. Dans le cadre de la Commission des femmes, au sein du syndicat l’Union marocaine du travail (l’UMT), celle-ci renoue avec les préoccupations de son enfance : elle travaille avec les ouvrières de l’industrie du textile, femmes assujetties à une exploitation économique sauvage et à des conditions familiales qui relèvent tout autant de l’exploitation. C’est là que Ryadi découvre le vrai militantisme féminin, soit celui qui lutte à la fois pour l’amélioration des conditions du travail, la criminalisation de la violence à l’égard des femmes autant dans la sphère privée que publique, les réformes du code du travail et du code de la famille et l’augmentation de la représentation des femmes au sein des instances décisionnelles.

Parallèlement, comme Khadija Ryadi note qu’il n’y a pas de syndicat au sein du ministère des Finances, elle décide d’en créer un. De prime abord, elle est seule à œuvrer pour concrétiser ce projet.  Mais très vite, d’autres collègues l’assistent, si bien que cette petite équipe parvient à fonder le syndicat en question en 1995.  À cette occasion,  Ryadi brise des tabous : elle devient la première femme à présider un syndicat national au Maroc, dans un contexte social qui fait du syndicalisme une affaire d’hommes.  Ce n’est que lorsque l’activité syndicale de la nouvelle formation a pris son élan en 1998, que Ryadi décide d’assumer des responsabilités au sein de l’AMDH. Elle devient alors secrétaire adjointe en 1998, secrétaire générale en 2001, assesseure chargée de la commission centrale de la femme en 2004 et présidente de l’AMDH en 2007.

Toutefois, son accession à ce poste de responsabilité ne s’est pas faite sans résistance.  En fait, cette dernière a fait l’objet d’une campagne de dénigrement sur la scène politique, y compris au sein de l’association où certains membres doutent qu’une femme soit capable de diriger une organisation du calibre de l’AMDH.

Pour cerner la nature de cette résistance, présentons l’identité politique de l’AMDH. Depuis que le Maroc a accédé à l’indépendance en 1956, le jeu politique se caractérise par une lutte acharnée pour le pouvoir entre les élites dirigeantes traditionnelles qui monopolisent les institutions de l’État, connues par le makhzen, et les forces vives du pays qui aspirent à instaurer un État de droit, avec les institutions démocratiques qui lui sont concomitantes. Or, la stratégie de ces élites consiste à favoriser dans un premier temps les expressions multiples de l’opposition politique, et de coopter par la suite la formation politique qui se démarque des autres, généralement en la faisant participer au gouvernement.  En effet, comme les structures du pouvoir sont biaisées, une fois que les représentants de l’opposition politique accèdent à des postes de décision, immanquablement, ces derniers ne parviennent pas à réaliser les réformes sociales, économiques et politiques escomptées par leur électorat. Ils finissent donc, tôt ou tard, par perdre toute crédibilité au sein de la société.  Autrement dit, en réduisant les partis politiques d’opposition à des opposants makhzenisés, c’est-à-dire à des «opposants partenaires de l’État», les élites dirigeantes traditionnelles réussissent à les neutraliser, et à pérenniser de la sorte les structures inégalitaires du pouvoir.

Mais si ultimement, cette tactique étouffe en douce les demandes populaires de démocratisation, elle  ne parvient pas pour autant à faire taire toutes les voix dissidentes.  C’est dans ce contexte que l’AMDH a été fondée en 1979.  Depuis, son identité politique demeure cohérente sur la scène politique du Maroc contemporain.  En s’appuyant sur les conventions internationales relatives à la protection des droits humains, celle-ci lutte contre l’arbitraire du makhzen, œuvre pour l’avènement d’un État de droit au Maroc, et promeut la culture des droits humains et celle de la démocratie au sein de la société.  De plus, comme elle n’ambitionne pas l’exercice du pouvoir, elle ne fait aucune compromission sur ses principes.  Et c’est cette intransigeance sur les principes qui fait de l’AMDH le seul contre-pouvoir sur la scène politique du Maroc actuel.  Dès lors, suite à l’élection de Ryadi en tant présidente de l’association, certains membres se sont demandés si une femme pourrait assumer une responsabilité aussi lourde. Mais à y regarder de plus près, l’attitude de ces membres trahit en fait les mentalités traditionnelles, selon lesquelles le pouvoir makhzénien est masculin, et que par conséquent, le contre-pouvoir devrait être forcément masculin.

Loin de réagir à cette campagne de dénigrement, notre militante s’est mise au travail.  Aussi, ses accomplissements sont nombreux.  Entre autres, elle a contribué de façon significative à l’élargissement de la base populaire de l’association.  Elle a dénoncé les abus du pouvoir de Hafsa Amahzoune, membre de la famille royale qui, en tant que  tel, bénéficiait d’une immunité quasi absolue. Elle a milité pour la libération des prisonniers politiques, tout comme elle a dénoncé la torture et les procès inéquitables subis par les Islamistes. Elle a fait des droits économiques et sociaux une préoccupation de l’AMDH.  Ce faisant, elle a d’une part œuvré pour que le coût de la vie soit accessible à toutes les couches sociales, et elle a d’autre part soutenu de nombreux syndicats et travailleurs qui luttent pour de meilleures conditions de travail, ainsi que les mouvements de lutte pour un logement décent et le droit à la terre. Elle a contribué à la protection des forêts de cèdre de l’Atlas, qui étaient menacées de destruction massive, et qui sont pourtant déclarées patrimoine mondial par l’UNESCO. Enfin, elle a participé au changement des mentalités concernant le couple controversé «femme et pouvoir», du moins au sein de l’AMDH.  De nos jours, la parité entre les sexes est atteinte dans le bureau central de l’AMDH, pendant qu’un quota d’un tiers de femmes est exigé pour les autres instances décisionnelles de l’association.  De plus, il y a eu une féminisation des membres de l’association, y compris dans les villages reculés, situation qui permet aux femmes, toutes couches sociales confondues, de participer à l’avancement des droits fondamentaux dans leur société.

Étant donné ces accomplissements, Khadija Ryadi a été réélue pour un deuxième mandat en tant que présidente de l’AMDH en 2010.

Sources :

Je remercie Mme Khadija Ryadi pour la longue entrevue qu’elle m’a accordée.  Pour de plus amples informations, contacter khadijaryadi@yahoo.fr

Publié dans Femmes, Femmes contemporaines | Marqué avec , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Femmes et armée coloniale française

Plusieurs chapitres manquent aux récits officiels du colonialisme au Maroc, dont les récits portant sur les bordels militaires de campagne de l’armée coloniale française au Maroc.  Mustapha el Qadéry a consacré un chapitre à ce sujet, intitulé « Femmes des bordels militaires de campagne, les BMC de l’armée coloniale au Maroc », dans le collectif dir. Miriam Cheikh et Michel Péraldi, Des femmes sur les routes, voyages au féminin entre Afrique et Méditerranée (Casablanca : Le Fennec, 2009), 229-244.

Voilà  quelques pages : Extraits

Publié dans Femmes, Femmes et colonialisme | Marqué avec , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire